Canicule et logement social : faire de la communication citoyenne un levier d’adaptation climatique

Pendant longtemps, la canicule a été traitée comme un sujet météorologique. Quelques conseils à la radio. Une alerte météo. Des bouteilles d’eau. Puis retour à la normale. Face à l’accélération du réchauffement climatique, les bailleurs sociaux se retrouvent aujourd’hui en première ligne : ils observent les logements qui surchauffent, les espaces extérieurs qui deviennent difficiles à vivre, les habitants qui adaptent déjà leurs habitudes… souvent seuls. Mais si le sujet est climatique, la réponse n’est pas uniquement technique. Elle est aussi culturelle, sociale et citoyenne. Parce qu’aucune rénovation ne pourra être menée partout, tout de suite. Parce qu’aucun acteur ne pourra agir seul. Parce que face à des épisodes de chaleur qui deviennent structurels, informer ne suffit plus : il faut embarquer, rendre visibles les solutions, créer des habitudes collectives et faire émerger une parole commune. L’agence Bolivie vous propose ici de regarder la canicule non seulement comme un enjeu de bâti, mais comme une opportunité de repenser la communication entre bailleurs, locataires et pouvoirs publics. Passer du message à l’action. Du réflexe individuel au réflexe collectif. Du logement au mouvement.
Canicule et logement social : pourquoi les bailleurs sociaux doivent agir dès maintenant ?
Pendant longtemps, la question du confort d’été dans le logement social a été considérée comme secondaire face à l’urgence énergétique hivernale. Pourtant, les épisodes de canicule successifs changent profondément la donne. Le logement social est aujourd’hui confronté à un défiinédit : continuer à loger dignement dans un contexte où les températures augmentent, où les villes deviennent plus chaudes et où les marges financières des bailleurs se réduisent. Face à cette équation complexe, la canicule n’est plus un sujet saisonnier mais une question de stratégie patrimoniale, de santé publique et de cohésion sociale.
Constat : la canicule, un problème qui ne peut plus être repoussé
Le réchauffement climatique : un sujet à prendre au sérieux dès maintenant par les bailleurs sociaux
Les projections climatiques convergent : les épisodes de chaleur vont devenir plus fréquents, plus longs et plus intenses dans les prochaines décennies. L’enjeu n’est plus seulement d’anticiper quelques jours difficiles en été mais de préparer durablement les territoires urbains à des températures élevées. Les villes concentrent particulièrement le phénomène grâce (ou plutôt à cause) des îlots de chaleur urbains : béton, enrobés, faible végétalisation, concentration d’activités humaines. Résultat : certains espaces extérieurs deviennent progressivement difficiles à utiliser en journée. Cours d’immeubles désertées. Espaces communs abandonnés. Fenêtres fermées. Habitants confinés. Demain, le confort d’été pourrait devenir aussi stratégique que le chauffage l’a été ces cinquante dernières années.
CHIFFRES CLÉS PROJECTIONS CLIMATIQUES
- La température moyenne annuelle a progressé de +2,1 °C en un siècle (source Sommet de la Terre à Rio en 1992 à l’horizon 2050.)





Un parc immobilier souvent peu adapté aux nouvelles conditions climatiques
Une grande partie du parc social a été conçue à une époque où la priorité était claire : conserver la chaleur. Mais aujourd’hui, certains bâtiments deviennent de
véritables accumulateurs thermiques. Plusieurs difficultés apparaissent : logements nécessitant des rénovations énergétiques, isolation parfois pensée uniquement pour l’hiver, matériaux qui stockent fortement la chaleur, ventilation naturelle insuffisante, protections solaires absentes ou inadaptées, manque d’espaces verts, faibles dispositifs de rafraîchissement passif. À cela s’ajoute une dimension encore trop peu intégrée : le paysage. La végétalisation des espaces extérieurs, les cours ombragées, les toitures végétalisées, les façades plantées ou encore les sols perméables deviennent d’infrastructures climatiques autant que des aménagements urbains.
CHIFFRES CLÉS LOGEMENTS SOCIAUX INADAPTÉS
- La chaleur constituerait désormais un risque mortel plus élevé que l’insécurité routière. (Source : Santé Publique France, 2025)
- L’été 2025 a causé 5.700 décès (contre 3.200 sur la route) et entraîné 24.000 recours aux soins d’urgence. (Source : Santé Publique France, 2025)
- Les zones les plus touchées sont le Centre-Val de Loire (70%), l’Île-de-France (70%), la Bourgogne-Franche-Comté (71%) et l’Auvergne-Rhône-Alpes (71%). À l’inverse, la Bretagne (52%) et la Normandie (53%) apparaissent comme les régions les moins exposées. (Source : baromètre Qualitel 2025)
- 42% des secteurs en quartier populaire sont très exposés aux canicules contre 29% dans le reste des secteurs des agglomérations étudiées ». (Source : étude “quartiers chauds” réalisé par La fondation pour le logement – 2026)
- Les zones où les températures de surface sont les plus élevées coïncident quasi systématiquement avec les quartiers où les niveaux de revenus sont les plus bas. (Source Métropole de Marseille – 2026)
- 48,2% des logements présentent un confort d’été jugé insuffisant. Dans les quartiers populaires, ce phénomène est accentué par la suroccupation et le manque de protections solaires. (Source : analyse de la base de données des DPE)
- Près des deux tiers du parc HLM français (64 %) sont déjà exposés au risque de fortes chaleurs. (Source : étude de la Fédération nationale des offices publics de l’habitat et de la Banque des territoires, congrès HLM 2025)
- Cela pourrait concerner 79 % des logements en 2050 et quasiment tous d’ici 2100. (Source : étude de la Fédération nationale des offices publics de l’habitat et de la Banque des territoires, congrès HLM 2025)
- Sur les 2,24 millions de logements analysés, 1,44 million sont déjà touchés. Si les bâtiments résistent globalement, ce sont surtout les conditions de vie des habitants, en particulier les seniors, qui se dégradent. (Source : étude de la Fédération nationale des offices publics de l’habitat et de la Banque des territoires, congrès HLM 2025)
- Près des deux tiers (64 %) du parc actuel de logements sociaux sont exposés au risque de fortes chaleurs. (Source : étude de la Fédération nationale des offices publics de l’habitat (FOPH) et la Banque des territoires, congrès HLM 2024)
- Les auteurs soulignent également que près de la moitié (46 %) de ces logements font face à au moins un risque climatique. (Source : étude de la Fédération nationale des offices publics de l’habitat (FOPH) et la Banque des territoires, congrès HLM 2024)
Une équation financière sous tension
Le défiest d’autant plus complexe qu’il intervient dans un contexte économique difficile pour le logement social. Les bailleurs doivent aujourd’hui composer avec : la réduction ou transformation de certains dispositifs d’aide, des capacités d’investissement contraintes, un coût croissant de l’entretien patrimonial, une hausse des besoins d’intervention, des locataires eux-mêmes fragilisés économiquement. Dans le même temps, les difficultés financières des ménages augmentent le risque d’impayés ou réduisent leur capacité à investir individuellement dans leur confort (stores, équipements, protections solaires). Le résultat est connu : un patrimoine parfois difficile à entretenir au rythme où le climat évolue. Mais attendre coûtera probablement davantage qu’agir.
CHIFFRES CLÉS COUT RENOVATION ENERGETIQUE ET DIFFICULTÉS FINANCIÈRES DES BAILLEURS SOCIAUX
- 34% des locataires du parc social, en 2021, disposaient d’un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté, contre 22% parmi les locataires du parc privé et 8% parmi les propriétaires (le taux de pauvreté est défini comme la proportion d’individus ayant un niveau de vie inférieur à 60% de la valeur médiane). (Source Panorama du logement social 2025 ANCOLS)
- Plus largement, le revenu de vie moyen dans le parc social est de 17 200 € contre 22 200 € pour les locataires du parc privé et 29 500 € pour les propriétaires. (Source Panorama du logement social 2025 ANCOLS)
- Néanmoins, le parc social accueille aussi des classes moyennes. Ainsi, 14% des ménages appartenant au 5ème décile (D5) et 11% des ménages du 6ème décile (D6), à savoir les deux déciles médians, vivent dans le parc social. À noter enfin que si le parc social accueille en proportion davantage de ménages modestes, 69% des ménages du premier décile n’habitent pas dans le parc social. (Source Panorama du logement social 2025 ANCOLS)
- 13% des locataires déclarent être ou avoir été en situation d’impayés de loyer dans les douze derniers mois. (Source Panorama du logement social 2025 ANCOLS)
- Les impayés non recouvrés représentent 1,7% des loyers en 2023. (Source Panorama du logement social 2025 ANCOLS)
- Les coûts de gestion s’élèvent à 7,7 Md€ en 2023 (+0,2 Md€ en euro constant par rapport à 2019, soit +2,5 % sur 5 ans), soit 1 300 € par logement (-2,9 % par rapport à 2019 en euro constant). (Source Panorama du logement social 2025 ANCOLS)
- Après plusieurs années de hausse continue, la trésorerie des bailleurs a baissé en 2023 de 3,9 Md€ par rapport à 2022, pour atteindre 14,0 Md€. Deux grandes raisons expliquent cette évolution : un accroissement des investissements cumulés à un accroissement de la part des fonds propres mis dans les accroissements des opérations (passée de 16% à 18% en un an seulement parmi les opérations en cours). Cette première raison explique environ 60% de l’évolution de la trésorerie. Des des éléments conjoncturels correspondant à de simples décalages temporels d’encaissements et décaissements (dont un accroissement de près de 1 Md€ de subventions en attente d’encaissement), expliquent les quelque 40% restants. (Source Panorama du logement social 2025 ANCOLS)
- L’endettement s’élève en 2023 à 209 Md€. (Source Panorama du logement social 2025 ANCOLS)
- Face à ces menaces, les bailleurs doivent concilier deux impératifs contradictoires : construire 100 000 nouveaux logements sociaux par an et rénover massivement le parc existant pour atteindre la neutralité carbone en 2050. (Source : étude de la Banque des territoires, 2025) Les auteurs recommandent donc aux bailleurs d’anticiper : diagnostics de vulnérabilité, implication des locataires dans la détection des bâtiments fragiles et mise en place de procédures de gestion de crise en cas d’événement climatique majeur.
- Dans le cadre du plan France Relance du gouvernement, près de 7 Md€ sont octroyés à la rénovation énergétique des bâtiments d’ici à 2022. Le parc de 5,3 millions de logements sociaux, qui représente 16% du parc total des logements, profitera d’une enveloppe de 500 M€ et devra répondre à divers enjeux et relever plusieurs défis dans le cadre de sa rénovation



Canicule et logement social : comment rendre les locataires acteurs de leur confort d’été
Face aux épisodes de chaleur qui s’intensifient, les bailleurs sociaux ne pourront pas répondre uniquement par des travaux lourds ou des investissements patrimoniaux. Le confort d’été est aussi une question d’usages. Et c’est probablement l’un des rares sujets où quelques gestes simples, répétés à grande échelle, peuvent produire des effets réels. L’enjeu n’est donc pas seulement de protéger les locataires. Il est de leur donner les moyens d’agir. Sans culpabiliser. Sans leur transférer la responsabilité. Mais en créant des outils simples, accessibles et collectifs.
Responsabiliser les locataires grâce à des outils de communication adaptés
La bonne nouvelle, c’est qu’une partie des solutions les plus efficaces contre la chaleur peut être mise en oeuvre rapidement, directement par les habitants. Encore faut-il qu’ils connaissent ces gestes, qu’ils comprennent leur intérêt… et qu’ils aient envie de les faire. L’objectif n’est pas de transformer chaque locataire en ingénieur thermique. Mais de créer une culture collective du confort d’été.
Des actions simples que les locataires peuvent mettre en place directement
Face aux fortes chaleurs, certains petits aménagements peuvent contribuer à limiter la montée en température des logements.
Parmi les solutions accessibles : installation de films ou filtres solaires sur certaines fenêtres, pose de rideaux occultants ou thermiques, utilisation ponctuelle de protections temporaires comme le blanc de Meudon sur les vitrages exposés, installation réfléchie de couvertures de survie sur certaines fenêtres pour limiter le rayonnement (en respectant les recommandations techniques et esthétiques définies par le bailleur), distribution ou mise à disposition de ventilateurs pour les publics prioritaires, plantation dans des jardinières sur les balcons ou rebords de fenêtres lorsque cela est autorisé, végétalisation légère des espaces communs, participation à des projets collectifs de plantation. L’intérêt de ces solutions est double : améliorer le confort individuel, tout en contribuant à réduire l’effet de chaleur à l’échelle de l’immeuble. Parce qu’un balcon végétalisé reste agréable. Quarante balcons végétalisés commencent à devenir une stratégie climatique.
CHIFFRES CLÉS DEGRÉS GAGNÉS AVEC CHAQUE PETIT GESTE
- Les rideaux occultants peuvent faire baisser la température de 5 à 10 degrés
- Les filtres occultants peuvent faire baisser la température jusqu’à 7 degrés
- Les couvertures de survies peuvent faire baisser la température de 5 à 10 degrés
- L’Ademe conseille de végétaliser autour de sa maison. D’abord, parce que les plantes vont apporter de l’ombre, mais aussi, car l’évapotranspiration permet de rafraîchir l’atmosphère. Un seul arbre mature au sein d’un jardin évapore à lui tout seul, 450 litres d’eau par jour. C’est l’équivalent de cinq climatiseurs fonctionnant 20h par jour, indique l’Ademe.
Créer des événements et du contenu pour transformer les gestes en habitudes
Mais diffuser une liste de conseils dans un courrier annuel n’a jamais suffià changer durablement les comportements. L’enjeu est de rendre ces gestes visibles, concrets et collectifs. Les bailleurs peuvent ainsi imaginer : des ateliers dans les résidences pour fabriquer ou installer des protections simples, des journées « appartement frais », des ateliers plantation pour adultes et enfants, des défis entre immeubles, des kits pratiques distribués avant l’été, des permanences avec médiateurs ou associations locales, des tutoriels vidéo très courts, des contenus pédagogiques diffusés sur les réseaux sociaux, des affichages dans les halls, des mini formations animées par les gardiens ou ambassadeurs de résidence. L’objectif est simple : passer du message :« Pensez à fermer vos volets » au message « Regardez, votre voisin l’a fait et il a gagné deux degrés ». Créer de l’engagement. Créer du collectif. Créer un peu de fierté locale. Car lorsqu’un immeuble commence à parler de plantation, d’ombre et de fraîcheur au lieu de parler uniquement de panne d’ascenseur… c’est souvent qu’il se passe quelque chose de positif. Et si demain les habitants deviennent eux-mêmes ambassadeurs du confort d’été, alors la prévention ne sera plus une campagne. Elle deviendra une habitude.
EXEMPLES DE CAMPAGNES D’ENGAGEMENT CITOYEN


Canicule et logement social : comment les bailleurs peuvent agir
concrètement pour protéger leurs locataires
Responsabiliser les habitants est une première étape. Mais certaines réponses relèvent directement du rôle du bailleur. Car lorsqu’un logement atteint des températures difficiles à supporter, il devient compliqué d’expliquer qu’un rideau occultant et une bonne volonté collective suffiront. Le confort d’été doit progressivement devenir un sujet de gestion patrimoniale, de service et de prévention. L’objectif n’est pas de tout rénover immédiatement. Mais d’identifier des actions concrètes qui améliorent rapidement le quotidien. La solution :
Outiller les bailleurs pour qu’ils agissent sur leur patrimoine et proposent des services utiles
Mettre en place des solutions simples avant les grands travaux
Toutes les réponses ne nécessitent pas des chantiers lourds. Certaines mesures peu coûteuses peuvent déjà réduire significativement l’inconfort. Par exemple : installation progressive de protections solaires extérieures, étude de pose de volets ou stores lorsque cela est possible, végétalisation légère des pieds d’immeubles, création de zones d’ombre, remplacement progressif des revêtements trop absorbants, expérimentation de toitures claires ou végétalisées, ouverture facilitée des espaces verts, amélioration de la ventilation naturelle dans les parties communes, déploiement de mobilier extérieur favorisant l’usage des espaces frais. L’objectif est simple : gagner quelques degrés. Car lors des fortes chaleurs, deux ou trois degrés de moins peuvent changer complètement le confort ressenti.
CHIFFRES CLÉS DEGRÉS GAGNÉS
- Les espaces de nature en ville ont évité 275 000 pathologies et sauvé 22 000 vies en 2023, soit 60 vies par jour. (Source : étude de L’Union Nationale des Entreprises du Paysage (Unep), cabinet Asterès)
- Pour entretenir ces espaces verts, les études estiment les dépenses à 3,3 milliards d’euros en 2023, soit environ 1 540 € par habitant . Elles comprennent à la fois les dépenses dans les services de paysagistes(création, aménagement, entretien), qui s’élèvent à 2,9 milliards d’euros, et les dépenses de particuliers dans les végétaux d’extérieur (ornements et potagers, hors cimetières), estimées à 367 millions d’euros. (Source : étude de L’Union Nationale des Entreprises du Paysage (Unep), cabinet Asterès)
Proposer des services temporaires pendant les épisodes de chaleur
Le rôle du bailleur peut aussi évoluer ponctuellement lors des périodes critiques. Certaines actions peuvent être déployées rapidement : distribution ciblée de ventilateurs aux publics prioritaires, ouverture de salles communes rafraîchies, horaires étendus de certains espaces, installation temporaire de points d’eau, mise à disposition de kits canicule, accompagnement spécifique des personnes isolées, relais avec associations ou collectivités. L’idée n’est pas de transformer le bailleur en station balnéaire. Mais de permettre aux habitants de traverser les épisodes extrêmes dans de meilleures conditions.
Prévenir plutôt que subir : faire de la communication un outil de protection
La chaleur est particulière, quand les conséquences apparaissent, il est souvent déjà tard. La prévention devient donc essentielle.
Communiquer avant l’arrivée des fortes chaleurs
Plutôt que de publier un message d’alerte lorsqu’il fait déjà 38°C dans les logements, les bailleurs peuvent anticiper.
Exemples : campagne « préparer son logement pour l’été », affichage dans les halls, SMS d’alerte, newsletters, vidéos pédagogiques, contenus réseaux sociaux, communication multilingue.
Le bon message n’est pas : « Attention il fait chaud. » Le bon message est : « Voici ce que vous pouvez faire dès aujourd’hui. »
EXEMPLES CONCRETS DE CAMPAGNE DE PRÉVENTION SPECIALE CANICULE


Identifier et accompagner les publics les plus fragiles
Enfin, certains habitants nécessitent une vigilance particulière : personnes âgées, personnes isolées, familles avec jeunes enfants, personnes souffrant de pathologies chroniques, habitants sous les toits, personnes en situation de précarité énergétique. Les bailleurs peuvent mettre en place : des appels préventifs, des réseaux de voisins solidaires, des visites de gardiens, des protocoles de signalement, des partenariats avec les acteurs sanitaires. Demain, protéger du chaud pourrait devenir aussi naturel que réparer une fuite. Et au fond, c’est peut-être cela l’évolution du logement social : ne plus seulement loger. Mais permettre d’habiter confortablement dans un monde qui change.
EXEMPLES DE CAMPAGNES PRÉVENTION CANICULE PERSONNES VULNÉRABLES



Canicule et logement social : pourquoi bailleurs et locataires doivent s’unir pour alerter les pouvoirs publics
À première vue, la lutte contre la chaleur semble être une succession de petits gestes. Un store. Quelques plantations. Un atelier. Un ventilateur. Pris individuellement, ces leviers paraissent accessibles. Mais à l’échelle du logement social, les ordres de grandeur changent immédiatement. Car lorsqu’un parc
compte plusieurs milliers — parfois plusieurs dizaines de milliers — de logements, même les solutions les plus raisonnables deviennent des sujets d’investissement majeurs. La question n’est donc plus uniquement : « Que peut faire un bailleur ? » Mais : « Comment créer les conditions pour que ces transformations deviennent possibles ? »
Des actions utiles… mais qui ont un coût lorsqu’on change d’échelle
Une protection solaire installée sur une fenêtre semble abordable. Mille protections solaires deviennent un programme. Une jardinière paraît anodine. Cent immeubles végétalisés deviennent une stratégie patrimoniale. Le défiest là. Même lorsque les solutions sont simples, optimisées et peu coûteuses individuellement, leur déploiement à grande échelle représente : des investissements, du temps humain, des coûts d’entretien, de la coordination, de l’ingénierie, des arbitrages budgétaires. Dans un contexte où les bailleurs doivent déjà répondre à des enjeux multiples — entretien du patrimoine, rénovation énergétique, adaptation réglementaire, qualité de service — la question du confort d’été ne peut pas être portée uniquement par les acteurs de terrain. D’autant que derrière chaque investissement se trouvent aussi des habitants confrontés à leurs propres contraintes économiques. L’enjeu dépasse donc progressivement la gestion immobilière. Il devient une question d’intérêt collectif.
CHIFFRES CLÉS DE L’ÉCONOMIE DE FONCTIONNALITÉ
« L’économie de la fonctionnalité peut se définir comme un système privilégiant l’usage plutôt que la vente d’un produit. Elle vise à développer des solutions intégrées de biens et services, dans une perspective de développement durable. » (Source ministère de la Transition écologique et solidaire)
L’économie de fonctionnalité « établit une nouvelle relation entre l’offre et la demande qui n’est plus uniquement basée sur la simple vente de biens ou de services. La contractualisation repose sur les effets utiles (bénéfices) et l’offre s’adapte aux besoins réels des personnes, des entreprises et des collectivités ainsi qu’aux enjeux relatifs au développement durable. » (Source : Ademe, à l’origine d’un rapport sur l’économie de la fonctionnalité et de la coopération)
Faire évoluer le débat public : une nécessité de communication d’influence
Pendant longtemps, le logement a été pensé principalement sous l’angle du froid. Aujourd’hui, le confort d’été doit entrer dans le débat public avec la même importance. Car ce qui se joue n’est pas uniquement le bien-être. Ce sont : les conditions de vie, la santé, l’usage des espaces urbains, l’attractivité des territoires, la résilience climatique. Les bailleurs sociaux disposent ici d’une force particulière : ils représentent des millions d’habitants et observent directement les effets des évolutions climatiques. Leur parole, lorsqu’elle s’appuie sur les retours des locataires, peut devenir un véritable levier d’influence. L’objectif n’est pas de produire un discours d’alerte permanent. Mais de rendre visible ce qui est déjà vécu au quotidien. Car un indicateur climatique reste une donnée. Un logement à 34 degrés avec trois enfants devient une histoire. Et les histoires changent parfois plus vite les politiques publiques que les tableaux Excel.
CHIFFRES CLÉS NOMBRE D’HABITANTS & LOCATAIRES DE LOGEMENTS SOCIAUX
- En 2022, 4,6 millions de ménages, regroupant 10,5 millions de personnes, sont locataires du parc social, soit 16 % des ménages vivant dans un logement ordinaire en France. Cette part est nettement plus élevée dans certaines intercommunalités et peut parfois dépasser 40 %, notamment dans les Hauts-deFrance et en Île-de-France.
Quelles actions de communication pour faire évoluer les politiques publiques ?
Construire une mobilisation ne signifie pas forcément organiser une révolution thermique devant le ministère. Il existe déjà de nombreux leviers.
Donner la parole aux habitants
- témoignages vidéo ;
- portraits de locataires ;
- récits d’usage ;
- enquêtes de terrain.
Produire des contenus pédagogiques
- infographies ;
- cartes des îlots de chaleur ;
- avant/après ;
Créer des campagnes collectives
- appels communs entre bailleurs ;
- mobilisation des associations ;
- tribunes ;
- prises de parole publiques.
Organiser des événements
- visites de résidences ;
- démonstrations d’aménagement ;
- rencontres citoyennes ;
- ateliers ouverts aux élus.
Mobiliser les outils numériques
- mini sites dédiés ;
- réseaux sociaux ;
- plateformes de remontée terrain ;
- campagnes participatives.
L’objectif n’est pas seulement de demander plus. L’objectif est de montrer que les solutions existent déjà, mais qu’elles ne pourront pas changer d’échelle seules. Parce qu’au fond, face au climat, bailleurs et locataires partagent exactement le même problème : aucun logement ne négocie avec 42 degrés. Autant parler d’une seule voix.
EXEMPLES D’ACTIONS
- La Fondation pour le Logement, qui avait saisi le Conseil d’État en mai 2026 pour dénoncer l’insuffisance du plan d’adaptation national rappelle en outre son soutien à une proposition de loi « zéro logement bouilloire ». Ce texte, qui attend toujours d’être inscrit à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale, vise à instaurer un droit pour les locataires d’exiger la mise en place de mesures de rafraîchissement dans leurs logements.
- Le syndicat Locataires Ensemble dont elle est présidente de l’antenne d’Aubervilliers a participé à l’action des « sinistrés climatiques » contre l’État. Le 25 juin 2025, quatorze personnes et associations épaulées par l’Affaire du siècle (Greenpeace France, Notre affaire à tous, Oxfam France) avaient déposé un recours devant le Conseil d’État pour obliger le gouvernement « à renforcer ses politiques d’adaptation au changement climatique » face aux canicules, inondations, reculs du trait de côte, retrait-gonflement des argiles, etc.
La question n’est probablement plus de savoir si les logements devront s’adapter. Ils le devront. La vraie question est : comment créer les conditions pour que cette transformation soit comprise, désirée et portée collectivement ? Le logement social possède ici une force rarement mobilisée : il rassemble des millions d’habitants qui vivent déjà les effets du changement climatique. Faire de cette expérience une parole. Faire de cette parole un récit. Faire de ce récit une mobilisation. C’est peut-être là que commence l’adaptation. Demain, les campagnes de communication ne serviront plus uniquement à annoncer des travaux ou rappeler de fermer les volets. Elles pourront faire émerger des ambassadeurs habitants. Transformer les immeubles en démonstrateurs. Créer des réflexes collectifs. Faire remonter des usages. Construire du lien. Et surtout rendre visible une idée simple : l’adaptation climatique n’est pas seulement une affaire d’ingénierie. C’est une affaire de participation. Car lorsqu’un bailleur plante un arbre, qu’un locataire installe une jardinière, qu’un gardien anime un atelier, qu’un enfant apprend pourquoi il faut créer de l’ombre et qu’un élu décide de financer le changement… ce n’est plus de la communication. Pour vous accompagner dans ces nouveaux modes de communication, l’Agence Bolivie met à votre disposition une équipe d’experts dédiés : planneur stratégique, directeur artistique, concepteur rédacteur, community manager,chef de projet… N’hésitez pas à faire appel à nos services, nous restons ouverts et disponibles même sous ces fortes chaleurs !
@Anne Gaudron
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